Dans la périphérie des zones conflictuelles de l’Orient, trois Empires sont sur le point de renaître. Au Nord, la Fédération de Russie convoi son ancienne zone d’influence sous l’ère de l’URSS et veut contenir et regagner ses anciens alliés, comme elle veut influencer les membres de l’OTAN. Au Golfe Persique, l’Iran se base sur sa religion de l’islam chiite pour gagner d’influence dans les pays musulmans. Le nationalisme Iranien mélange aussi la volonté de leadership dans le monde islamique, dont l’Iran prône son unité, à sa manière et selon ses ambitions. Aux frontières de l’Iran, la Turquie veut l’unité des peuples turcophones et le rétablissement d’un nouvel empire ottoman dans une société turque plus pieuse.
Les expériences des dernières décennies ont montré que chacun de ces régimes autoritaires cherche à étendre son influence au delà de ses frontières. La Russie s’est engagée dans des opérations militaires en Europe de l’Est, dans le Caucase, au Moyen-Orient et dans l’Afrique du Nord. Ce sont en règle générale des régions ou l’influence russe y était présente il y a encore quelques années ou peu de décennies. Il me semble que la Fédération russe veut renouer ses liens dans les territoires déjà connus. Les guerres au Moyen-Orient contre l’organisation djihadiste Etat islamique ont été un succès pour la Russie et son allié iranien, dont leurs liens se sont renforcés. Les prises d’influences russes se sont même étendues jusqu’aux USA ou lors des élections de 2016 la Fédération s’est immiscée dans les élections présidentielles des Etats-Unis. C’est le même cas selon le FBI lors des élections de 2020, où la Russie supportait une fois de plus le candidat Donald J. Trump. Les autocraties eurasiatiques, sont en quête d’influence et cela même pendant les graves crises socio-économiques et politiques, ce qui démontre leur croyance que la préservation des zones d’influence serait selon eux necessaire. Dans cette logique de politique extérieure les Etat impérialistes ne cèdent pas à leurs ambitions. La „réincarnation“ de leurs anciens empires est un rêve de gloire, de prestige et de pouvoir, qui est très couteux à mettre en œuvre et encore plus fastidieux pour le préserver.
Les tensions, anciennes et nouvelles, qui mettent à feu et à sang dans leurs zones vont les affecter. Les empires vivent par une relation de dominance ou d’influence envers des espèces de vassaux, ou alliés inégaux en force. Dans le cas de la guerre du Haut-Karabagh de 2020 les trois proto-empires se sont senti impliqués, même si la majorité n’en avaient guère envie de relancer ce conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Les problèmes des Etats voisins deviennent de plus en plus liés avec les problèmes domistiques. Cette globalisation néo-impérialiste est dangereuse, car elle peut augmenter le risque d’un conflit international à plus grande échelle. La stabilité de l’Orient est souvent un but d’arrière-plan par rapport à la continuation de l’ordre voulu. Souvent, il est important de sanctionner les actions pour des cas précis, et non pas de sanctionner permanent ces autocraties. S’ils sont trop souvent punies, ils n’ont rien à perdre. S’ils sont punis pour des cas concrets, ils ont de l’espoir de profiter des liens économiques et réfléchirons une fois de plus avant de prendre une décision controversée. D’ailleurs la fierté d’être souverain est un moteur de ces Etats. Pour cela ils mettent ce principe de souveraineté en avant, même en péril de nombreux avantages économiques et la normalisation de relations interétatiques. La frustration et les dangers de la géopolitique sont pour le Tsar, l’Ayatollah et le Sultan plus acceptables que la restriction de leurs actions.
La souverainité des Etats, autoritaires ou démocratiques, devient si controversée, que cette liberté devient pour les uns plus urgent à la préserver de façon absolue et pour les autres plus urgent à délimiter plus sévèrement. La puissance de la volonté ou la force de la crainte des Etats devient de plus en plus rigoureuse, quand la production de l’arme nucléaire ou un danger imminent de l’ordre régional ou même mondial est en jeu. Il faut un équilibre juste et équitable des puissances, dont faut établire avant que la région explose une fois de plus et exporte ses conflits. Toute mauvaise décision peut entrainer une nouvelle grande guerre. L’élimination du commandant Qassem Soleimani est la meilleure preuve. La volonté de puissance de ces trois Etats doit être borné par l’UE, les USA et la Chine. Trouver un compromis permanent est impossible. Des opérations militaires contre une des trois puissances serait un désastre, voire une erreur irréparable. Il ne reste donc plus que des compromis temporaires, qui doivent être remplacé par d’autres accords. Ainsi le désordre mondial peut être évité durablement. Le pire c’est un fatalisme qui dit qu’une grande guerre est inévitable dans un futur (très) proche et serait même nécessaire pour atteindre un moindre mal. Si la guerre est inévitable, il n’y a pas besoin de débattre si la paix ou la guerre serait le moindre mal. Une telle question serait purement théorique. Si les chances d’éviter un conflit à grande échelle sont minimes, il faut les maximiser. Une guerre contre l’Iran peut déclencher un cataclysme de guerre au-delà de l’orient. Les experts en géopolitique sont bien majoritairement de cet avis. Il serait irresponsable au plus haut niveau de se laisser, au lieu de tout essayer pour maintenir la paix.
La lutte inter- et intraétatique dans les états des empires embryonnaires doivent être aussi surveillés avec la plus grande attention. Les réformateurs des systèmes oppresseurs poursuivent des buts humbles et nobles. Bien plus que les „Grands“ qui les gouvernent. Ils jouent un grand rôle dans le changement des mentalités. Surtout pour amorcer le nationalisme exclusif et agressif et le fanatisme religieux. Une Russie, une Turquie ou un Iran plus démocratique resteraient quelque part un peu impérialiste, dans le sens où un nouveau gouvernement ne veut pas avoir l’air complètement faible, si il n’est pas bête et cherche à garder des régions ou Etats satellites pour sécuriser ses propres frontières. Il ne faut donc pas négliger les intérêts vitaux, dont tout Etat veut défendre et que la défense des intérêts nationaux dans des pays étrangers n’est pas illégal en soi. Tout Etat a le droit de se défendre contre son implosion potentielle.
La dislocation de la République islamique d’Iran est assez dévastatrice pour cet Etat, ainsi aussi qu’une dissolution de la Fédération de Russie ou une partition de la Turquie. Ces Etats ont plusieurs ethnies, dont plusieurs réclament un Etat indépendant. Mettre en unité les ethnies peut se faire par l’idée de la nation. Cette idée harmonise très bien avec celle de la souveraineté de l’Etat. L’Etat nation souverain est déjà proné par ces trois régimes, mais des libertés individuelles à l’occidentale ou à la para-occidentale ne sont pas encore incorporées. Un Etat national, souverain et libre semble être le bon ciment pour une fierté nationale. Il faudrait seulement faire attention aux illibéraux qui dénoncent le libéralisme individuel, comme une forme de danger pour la culture ou un symptôme de décadence. L’idée du progrès doit convaincre les masses. Changer les lois c’est important, mais les lois doivent d’abord être acceptées dans la société.
Les sociétés patriotiques et pieuses des trois proto-empires sont des sources de désir du bien collectif. La volonté d’un bien pour la nation se fait, dans ce système d’idée, bien plus sentir que la volonté du bien pour l’individu. Les droits des minorités sociales doivent alors concorder avec le bien collectif. Ce bien de la nation, dont on appartient et à qui on s’identifie avant d’agir pour elle, doit être redéfinie. Des coutumes devraient être remises en cause, car les droits de minorités sont de plus en plus limités par les libertés et pouvoirs des potentats de la famille et de l’Etat. Ceux du sexe masculin, de l’ethnie majoritaire, du groupe religieux ou linguistique dominant ou un membre des cadres du régime n’a pas d’intérêts à un tel changement, mais ce n’est pas en divisant qu’on garde une nation unie et stable. Il existera peut-être une espèce de compromis national inofficiel où les forces progressistes et conservatrices se sentent forcés à trouver un accord pour que leur pays ne soit pas désintégré. La paix intérieure ne peut pas être garantie par la force uniquement; l’art du compromis est essentiel.
Parlant de force, les Etats proto-impérialistes réclament le rang de puissance régionale ou mondiale. Dans une course à l’armement il faut craindre des excès d’agressivité, comme la tentation de régler des problèmes par la force ou imposer sa volonté par celle-ci. Souvent, les problèmes complexes sont réglé par des moyens trop facile. La volonté de négocier est soit forcée ou issue de la bonne volonté. La bonne volonté doit se manifester, si les négociations internationales aboutissent à un résultat acceptable, concret et durable. Il faut donc refouler son égoïsme et faire preuve de réciprocité envers ses partenaires. Il est d’ailleurs vivement recommandé de ne pas s’imaginer certains Etats comme ennemis naturels et perpétuels; cela rend les négociations impossibles et met la paix encore plus en péril. Les idéologies antagonistes et manichéennes sont simplistes et assez utiles pour manipuler les personnes. Les peuples peuvent être majoritairement contre leurs chefs, mais ils se tiennent souvent trop bien au pouvoir.
Il est important que ces trois Etats abandonnent leur vanité impériale, surtout dans une région instable et dangereuse. Leur politique étrangère doit être plutôt basé sur la coopération internationale ou du moins vers un équilibre des forces et d’une démilitarisation. La Chine, un empire embryonnaire plus pacifique que les trois autres en renaissance pourrait prendre le contrôle économique de ses voisins impérialistes eurasiatiques pour limiter leurs capacités d’actions dangereuses pour la paix et la stabilité. Pourvue que le leader chinois du futur ne soit pas un guerrier impérialiste. Un nouvel âge impérial eurasiatique pourrait déstabiliser le monde comme l’ont démontré les actions et discours bélliqueuses de Poutine, Khamenei et Erdogan. Detestabilis tyrannis !
[1] Pour plus d’informations de la situation actuelle dans le Haut-Karabagh: https://caucasus.liveuamap.com/.
[2] https://www.bbc.com/news/world-europe-54652704.
[3] https://armenpress.am/eng/news/1032601.html.
[4] https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/russland-und-die-tuerkei-in-karabach-syrien-und-libyen-17024743.html.
Ali Akbar, 31 octobre 2020.